Nous pouvions déjà, d'où nous étions, suivre des yeux le cours de la Bistriza, aux rives émaillées de rouges affrines et de grandes campanules aux fleurs blanches. Nous côtoyions un précipice au fond duquel roulait la rivière, qui, là, n'était encore qu'un torrent. A peine nos montures avaientelles un assez large espace pour marcher deux de front. Notre guide nous précédait, couché de côté sur son cheval, chantant une chanson morlaque, aux monotones modulations, et dont je suivais les paroles avec un singulier intérêt. Le chanteur était en même temps le poëte, Quant à l'air, il faudrait être un de ces hommes des montagnes pour vous le rendre dans toute sa sauvageXII LES MONTS CARPATHES.122Page 126 Les mille et un fantomestristesse, dans toute sa sombre simplicité. En voici les paroles . sac vanessa bruno pas cher style Dans le marais de Stavila, Où tant de sang guerrier coula, Voyezvous ce cadavrelà ! Ce n'est point un fils d'Illyrie . C'est un brigand plein de furieQui, trompant la douce Marie, Extermina, trompa, brûla. Une balle au coeur du brigand A passé comme l'ouragan, Dans sa gorge est un yatagan. Mais depuis trois jours, ô mystère, Sous le pin morne et solitaire, Son sang tiède abreuve la terre Et noircit le pâle Ovigan. Ses yeux bleus pour jamais ont lui, Fuyons tous, malheur à celui Qui passe au marais près de lui, C'est un vampire ! Le loup fauve Loin du cadavre impur se sauve, Et sur la montagne au front chauve, Le funèbre vautour a fui. Tout à coup la détonation d'une arme à feu se fit entendre, une balle siffla. La chanson s'interrompit, et le guide, frappé à mort, alla rouler au fond du précipice, tandis que son cheval s'arrêtait frémissant, en allongeant sa tête intelligente vers le fond de l'abîme où avait disparu son maître, En même temps un grand cri s'éleva, et nous vîmes se dresser aux flancs de la montagne une trentaine de bandits . vanessa bruno pas cher nous étions complètement entourés. Chacun saisit son arme, et, quoique pris à l'improviste, comme ceux qui m'accompagnaient étaient de vieux soldats habitués au feu, ils ne se laissèrent pas intimider, et ripostèrent . moimême, donnant l'exemple, je saisis un pistolet, et, sentant le désavantage de la position, je criai . En avant ! et piquai mon cheval, qui s'emporta dans la direction de la plaine,XII LES MONTS CARPATHES. 123Page 127 Les mille et un fantomesMais nous avions affaire à des montagnards, bondissant de rochers en rochers, comme de véritables démons des abîmes, faisant feu tout en bondissant, et gardant toujours sur notre flanc la position qu'ils avaient prise, D'ailleurs, notre manoeuvre avait été prévue, A un endroit où le chemin s'élargissait, où la montagne faisait un plateau, un jeune homme nous attendait à la tête d'une dizaine de gens à cheval . en nous apercevant, ils mirent leurs montures au galop, et vinrent nous heurter de front, tandis que ceux qui nous poursuivaient se laissaient rouler des flancs de la montagne, et, nous ayant coupé la retraite, nous enveloppaient de tous côtés. La situation était grave, et cependant, habituée dès mon enfance aux scènes de guerre, je pus l'envisager sans en perdre un détail. cabasvanessabrunopascher Tous ces hommes, vêtus de peaux de mouton, portaient d'immenses chapeaux ronds couronnés de fleurs naturelles, comme ceux des Hongrois. Ils avaient chacun à la main un long fusil turc qu'ils agitaient après avoir tiré, en poussant des cris sauvages, et, à la ceinture, un sabre recourbé et une paire de pistolets. Quant à leur chef, c'était un jeune homme de vingtdeux ans à peine, au teint pâle, aux longs yeux noirs, aux cheveux tombant bouclés sur ses épaules. Son costume se composait de la robe moldave garnie de fourrures et serrée à la taille par une écharpe à bandes d'or et de soie, Un sabre recourbé brillait à sa main, et quatre pistolets étincelaient à sa ceinture, Pendant le combat, il poussait des cris rauques et inarticulés qui semblaient ne point appartenir à la langue humaine et qui cependant exprimaient ses volontés, car à ces cris ses hommes obéissaient, se jetant ventre à terre pour éviter les décharges de nos soldats, se relevant pour faire feu à leur tour, abattant ceux qui étaient debout encore, achevant les blessés et changeant enfin le combat en boucherie, J'avais vu tomber l'un après l'autre les deux tiers de mes défenseurs. Quatre restaient encore debout, se serrant autour de moi, ne demandant pas une grâce qu'ils étaient certains de ne pas obtenir, et ne songeant qu'à une chose, à vendre leur vie le plus cher possible, Alors le jeune chef jeta un cri plus expressif que les autres, en étendant la pointe de son sabre vers nous. Sans doute cet ordre était d'envelopper d'un cercle de feu ce dernier groupe, et de nous fusiller tous ensemble, car lesXII LES MONTS CARPATHES. 124Page 128 Les mille et un fantomeslongs mousquets moldaves s'abaissèrent d'un même mouvement.